Mardi 14 avril 2009
On en entend parler de puis 2005, elle est défendue par le PS (la contribution créative) et par le député Nicolas Dupont-Aignan et de nombreux collectifs, et risque même de devenir ineluctable selon Jacques Attali.

La Licence Globale, qu'est-ce que c'est ?

C'est un principe simple :
On paye une certaine somme fixe chaque mois et en échange on peut télécharger sur internet n'importe quelle oeuvre auparavant protégée par les droits d'auteurs, sans pouvoir être inquiété.

C'est à l'opposé de la vente de CD/DVD qui consistait à payer l'objet à l'unité (et les "droits" d'écoute / de visualisation qui lui sont associés), ancien modèle qui s'écroule complètement actuellement face au fameux "téléchargement illégal" sur internet.

Donc en clair, pour quelques euros par mois (montant à définir... ça serait dans les 5-10€ selon les manifestants, 40€ selon Pascal Nègre), on pourra télécharger ce qu'on veut (et qu'on trouve) sur Internet, les différents ayants-droit se partageant la part du gateau.

La vente de contenu à l'unité : un modèle en perte de vitesse

Je crois que ça n'aura échappé à personne : le CD traditionnel est un produit dépassé. Ses ventes sont en chute libres depuis des années, et pourtant l'industrie du disque refuse catégoriquement de s'adapter aux nouveaux besoins, au point d'en favoriser le téléchargement "illégal".

La version légale en ligne n'arrive pas à la hauteur des espérances des majors, et est aussi dominée par l'ogre Apple avec son iTunes, qui avait réussi à imposer un tarif unique : 0.99€ le titre. (tarif renégocié récemment lors de l'abandon des DRM).

Ce modèle de vente à l'unité est directement menacé par le nouveau mode de partage permis par Internet : le moindre contenu diffusé au public est recopiable et rediffusable à l'infini, en particulier en dehors de tout contrôle des ayants droits originels.
Et il est impossible d'empecher ça, sauf à supprimer internet lui même : les DRM sont cassés dans les jours qui suivent leur sortie au point de n'emmerder que les clients honnêtes, et les tentatives de filtrage sont soit contournables, soit ont des effets de bords trop importants pour fonctionner correctement.

En clair, là où avant les majors avaient le controle total sur la diffusion des contenus (diffusion via radios et télés reversant des droits, vente des CD chez les disquaires), celui-ci leur échappe totalement avec internet.
Mais ils se sont fait prendre à leur propre jeu : à force de nous asséner les mêmes "tubes" à la radio, en espérant qu'on finisse par les acheter ("vous n'êtes pas raisonnables, non plus" en disait d'ailleurs Coluche), on finit par avoir envie de les écouter tout le temps sur notre balladeur MP3 sans marque. Et comme aucune offre légale ne le permet... on se tourne vers la seule méthode qu'il reste : le téléchargement sur Internet.
Comment d'ailleurs interdire aux gens d'accéder à des morceaux qu'on leur assène - gratuitement ! - tous les jours à la radio ?

Pour autant, la vente à l'unité a son avantage (théorique) : on n'achète que ce qu'on veut / aime => un artiste en tête des ventes est théoriquement très apprécié. Si on veut récompenser un artiste, acheter son dernier "single" suffit et lui assurera une rémunération, en plus de nous permettre d'écouter sa musique ad vitam eternam. ... Toujours en théorie.
Hélas, le dieu marketing et la déesse finance sont passés par là et ont tout biaisé.

La Licence globale, sauveuse du monde ?

Honnêtement, j'en doute. Beaucoup.

Certes, elle permettra d'assurer un revenu "stable" aux créateurs et artistes malgré le caractère "gratuit" et non lucratif du téléchargement sur Internet

Mais elle a deux gros défauts :
1. Le gateau à se partager sera fixe et défini à l'avance.
Il sera peut être colossal (quelques € x les dizaines de millions d'abonnés internet), mais restera limité : quand y'en aura plus, y'en aura plus.
Impossible donc a priori pour un artiste vraiment génial et adulé par le monde entier de gagner plus que la quantité de gateau disponible... là où il aurait pu devenir très riche avec la vente à l'unité (toujours en théorie, hein).

2. Comment s'établiera la répartition des revenus ?
Faut pas se leurrer : les hommes sont des rapaces et voudront s'accaparer la meilleure part. Et certains n'hésiteront pas à utiliser les moyens les plus condamnables pour gonfler leur part du gateau.
=> Y'aura-t-il un organisme indépendant et impartial qui mesurera le "succès" des artistes à rémunérer ?
=> Sur quelle base mesurer ce succès, et quelle rémunération y attribuer ?

Le mécenat, la 3eme solution ?

C'est certainement la solution la plus prometteuse dans ce nouveau monde qu'est Internet.

Le mécenat, c'est simple : le contenu est diffusé gratuitement, mais à coté du bouton "Télécharger" il y a un bouton "Ca vous a plu ? Donnez !", menant vers le paypal de l'artiste et permettant de lui donner un petit quelque chose - ce qu'on veut.
Bien entendu, un artiste qui diffuse son oeuvre sur ce modèle la signe, et nul n'a le droit de supprimer la signature pour y mettre la sienne. Histoire que n'importe qui tombant sur le fichier quelque part sur internet puisse savoir à tout moment qui récompenser. Et comment le faire.

Ca marche depuis des années pour le logiciel libre : librement téléchargeable, modifiable et redistribuable, mais malheur à qui oserait usurper un morceau de code !

Ce modèle a beaucoup de qualités : diffusion libre de la culture et du savoir, possibilité pour tous de s'en imprégner et de créer des oeuvres nouvelles inspirées des anciennes, et possibilité de rémunérer librement et à volonté les créateurs qu'on veut.

Mais pour autant, il a un défaut : la rémunération n'est pas assurée, et absolument pas planifiable. Ce qui fait hérisser les poils de tout bon marketeux / financier qui se respecte qui préfère la sécurité d'un plan de vente de 320 000 CD sur 5 ans... Et qui utilisent ce prétexte pour produire des oeuvres à coup de millions de $ en calculant finement ce que ça leur rapportera (cf. la boite américaine qui prétend savoir combien rapportera un film en fonction de son contenu).
Tout comme on investit en bourse ou dans l'immobilier.

Et on voit ce que ça donne : oeuvres de plus en plus clonées, originalité / diversité raréfiée (les majors préfèrent mettre en avant 2 artistes qui lui rapporteront gros plutot que 25 originaux qui ne rapporteront pas beaucoup... supprimant au passage toute visibilité pour ces 25 originaux, ben oui faudrait pas non plus qu'ils concurrencent les 2 stars !)

Alors que faire ?

En discuter !
Tous. Internautes, Artistes, Industriels de la culture (oui car malgré leur connerie, ils ont quand même de l'expérience à communiquer, ne serait-ce que pour montrer l'exemple à ne pas suivre :p), etc.

Aucune des 3 solutions présentées ci-dessus ne sauvera le monde à elle seule. Mais toutes ont leurs avantages et leurs inconvénients, et un savant mélange des 3 sera plus salutaire que n'importe quelle loi ou n'importe quelle tentative d'abus de monopole.

Encore faut-ils que les majors aient la sagesse d'écouter leurs clients. Qui, je le rappellent, sont ceux qui payent...
Par AxS/Natsume - Publié dans : Economie numérique
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